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Ratage qui se paie «Ca$h»
CINEMA. Entre bulles et coupettes, l'arnaque. Elsa Duperray Mercredi 23 avril 2008
Les Etats-Unis ont Ocean's 11 et ses suites, la France a désormais Ca$h, une comédie embrouillée au casting ultra-bankable (qui promet de rapporter gros) et clairement pompée sur son cousin américain. Un personnage principal, Cash (Jean Dujardin, impeccable), tente d'arnaquer une ribambelle de personnages secondaires, eux-mêmes arnaqueurs. Parmi eux, Julia (sublime Valeria Golino), une flic sans peur et sans reproche. Ou presque. Un gros coup se monte, les truands s'agitent, l'enquête peut démarrer.
Comédie sophistiquée Inspiré par L'Arnaque, avec Robert Redford et Paul Newman, Eric Besnard, fils de Jacques Besnard (immortel auteur de C'est pas parce qu'on n'a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule), et scénariste (Le Convoyeur avec Jean Dujardin, Le Nouveau protocole avec Clovis Cornillac), empiète plutôt lourdement sur les plates-bandes de Steven Soderbergh et jongle tant bien que mal avec le genre comédie patchwork. Une quinzaine de personnages s'entrecroisent, les pistes et les intrigues se multiplient, les rebondissements s'enchaînent à n'en plus finir... Sans oublier le héros à l'élégance nonchalante, façon George Clooney, ce que réussit à merveille Dujardin.
Spectateur pigeon
Cette originalité à tout prix finit malheureusement par étouffer la mise en scène comme le scénario, qui utilisent le spectateur comme principal pigeon! Film «champagne», comme le qualifie son auteur, «entre bulles et cristal», Ca$h dégage en effet la pénible impression d'assister à une grande fête de famille où tout le monde trinque. En oubliant qu'un public regarde. Dommage.
Cash, d'Eric Besnard (France, 2007), avec Jean Dujardin, Jean Reno, Valeria Golino, Alice Taglioni, François Berléand, Clovis Cornillac, Caroline Proust, Ciaran Hinds, Joe Sheridan, Jocelyn Quivrin.
© Le Temps, 2008 . Droits de reproduction et de diffusion réservés.
Ca$h, d’Eric Besnard, tente le superbanco en copiant Ocean’s Eleven, de Steven Soderbergh.
C’est ce que l’on peut appeler le «complexe du perroquet» : comment faire en France ce que l’on admire chez les Américains ? Fric, classe naturelle, glamour à la tonne…
Le réalisateur, scénariste coté (le Nouveau Protocole de Thomas Vincent, bientôt Babylon A.D. de Mathieu Kassovitz), commet l’erreur de croire qu’avec un budget dix fois moins élevé, un star-system inexistant et Monaco (le rocher) à la place de Vegas (l’épicentre du capitalisme mafieux), on peut quand même flamber. La réponse déboule dans le film sous forme de démenti cinglant.
Jean Dujardin et Jean Reno cabotinent chacun dans leur coin en attendant le gros chèque.
"Cash": Ocean's Dix
AP | 21.04.2008 | 12:00
Une histoire d'arnaque et de casse, une distribution brillante, de l'humour et du charme: "Cash", le film d'Eric Besnard (ce mercredi sur les écrans français) était annoncé un peu comme un "Ocean's Eleven" à la française.
Mais, comme les faux billets de 50 euros qu'on fabrique au début du film, il faut se méfier des contrefaçons. "Cash" est plein de rebondissements et pas désagréable à voir, mais son scénario compliqué qui laisse le spectateur perplexe avant l'explication finale n'autorise, s'il fallait lui donner une note, que la moyenne. Un "Ocean's Dix", en quelque sorte.
Charmeur, élégant et audacieux, Cash (Jean Dujardin) est un arnaqueur professionnel. Dans ses premières minutes, le film offre d'ailleurs, en guise d'apéritif, une savoureuse démonstration de fraude à la carte bleue dans un autobus.
Meurtri par l'assassinat de son frère (Clovis Cornillac, en apparition éclair), Cash cherche à se venger, mais sans arme ni violence, avec le panache du gentleman-escroc, entre Robin-des-Bois et Arsène Lupin. Il travaille avec une petite équipe, dont le vieux François (François Berléand) et sa fille, qui fabriquent des faux billets dans un hangar.
Il est aussi fou amoureux de la belle Garance (Alice Taglioni), qu'il couvre de roses blanches et veut épouser. Or on apprendra un peu plus tard qu'elle est la fille d'un escroc international, un dénommé Maxime (Jean Reno), que toutes les polices d'Europe cherchent à coincer depuis 15 ans.
Cash est surveillé de près, sans s'en douter, par une des responsables d'Interpol, Julia Molina (Valeria Golino), qui enregistre et filme tous ses faits et gestes. Mais ce n'est pas lui qu'elle veut coincer, elle vise plus haut. Et ne va pas tarder à lui proposer une alliance pour faire tomber un plus gros poisson...
De la musique jazzy, des fragmentations de l'écran, un doigt de "Mission Impossible", un soupçon de dialogues à la James Bond, du glamour et du luxe, des hors-bord, des Bentley et des Range Rover, des dîners aux chandelles et des robes moulantes, des palaces sur la Côte d'Azur, des valises de diamants, des rivalités entre polices, des alliés qui se transforment en traîtres et vice-versa: on a l'impression d'avoir déjà un peu vu tout cela dans ce genre de films.
Réalisateur du "Sourire du clown" il y a dix ans mais surtout scénariste du "Convoyeur" et plus récemment du "Nouveau protocole", Eric Besnard dit avoir voulu "faire un film 'champagne', entre bulles qui pétillent et cristal qui tinte". Et pour construire son personnage principal d'arnaqueur professionnel, il cite en référence des films comme "Butch Cassidy", "L'Affaire Thomas Crown", "Le Casse" et bien sûr "L'Arnaque".
On voudrait y croire et s'intéresser à l'histoire, mais on est vite déconcerté par autant de rebondissements dans le scénario, de renversements de situations, de surprises, de coïncidences et de fausses pistes. Bref, l'histoire est compliquée, on n'y comprend pas grand-chose, et ce n'est que dans les cinq dernières minutes que tout s'explique, tout s'éclaire, tout rentre dans l'ordre: ce qui n'étaient que pièces éparses jetées en pâture au spectateur s'assemblent soudain en un puzzle parfaitement limpide. Mais fallait-il mettre les méninges et la patience du spectateur à la torture pendant une heure et demie avant de le délivrer par ce final brillant?
Si le scénario lasse donc par ses virages incessants, reste la brillante brochette d'acteurs, à savourer sans modération. Jean Dujardin s'en tire fort bien dans son numéro de charme, François Berléand cabotine un peu en bougon vieillissant, et à coups de robes de soirée Valéria Golino n'a physiquement rien à envier à Alice Taglioni et ses dix ans de moins. Quant au coiffeur de Jean Reno, c'est peut-être lui le plus grand arnaqueur du film... AP
Cash 3 étoiles
Un film de Eric Besnard
Avec Jean Dujardin, Jean Reno, Valeria Golino, Alice Taglioni, François Berléand, Clovis Cornillac, Jocelyn Quivrin, Samir Guesmi
Article de Nicolas Lemâle
Le "bling-bling", on n'en trouve pas qu'en politique. La preuve: dans Cash, on trouve des stars, des Berlines, de belles femmes, Jean Réno, et des yachts sur la côte d'Azur. Elle est où, l'arnaque ? Y en a pas, c'est du cinéma !
Jean Dujardin est Cash, un arnaqueur de haut vol qui souhaite venger son frère Solal, arnaqueur lui aussi, mais assassiné après un coup raté. Lui et son équipe montent donc un casse à haut risque, alors que la police européenne leur court après...
S’il faut chercher une référence avouée, n’allez pas trop loin, il suffit de s’arrêter à l’affiche du film. Casting glamour, lumières brillantes de la ville, smokings et tenues de soirées : pas de doute, la production (TF1 en l’occurrence) a bien vu Ocean’s Eleven, et a souhaité en livrer une version « européanisée », avec une même tête d’affiche séductrice et un même cambriolage impossible. Cash, c’est du clinquant, du cinéma bling-bling à usage instantané, pas forcément si malin qu’il le voudrait, mais assez jubilatoire dès lors qu’on se laisse prendre au jeu.
Car, comme dans un Sex Crimes, pour n’en citer qu’un, Cash est un film d’arnaque, où tout le monde ment à tout le monde, et le plus souvent au spectateur lui-même. Chacun des personnages entourant Jean Dujardin poursuit ainsi un but mystérieux, et l’histoire ménage quelques retournements de situation forcément inattendus, à tel point qu’on se surprend souvent à se dire « je suis sûr, qu’en fait, celui-là fait partie de l’arnaque... ». Cela permet de maintenir l’intérêt tout au long d’une intrigue complexifiée à outrance, et pas toujours vraisemblable. Le côté « surprise party » a cet inconvénient de transformer un script linéaire en joyeux foutoir dramaturgique, où l’incohérence de certaines scènes et de certains personnages saute aux yeux après coup. Mais un film comme celui-là a-t-il besoin de se déguster deux fois ?
Contrairement à Ocean’s Eleven, Cash ne transcende effectivement pas son pitch de base, pourtant suffisamment explicite. Comparé au succès de Steven Soderbergh, Eric Besnard fait même petit bras dans son opulence visuelle, à base de décors ensoleillés mille fois vus ailleurs et de musique funky pour ascenseur. Même le split-screen détaillant le plan de nos héros paraît dépouillé. Le réalisateur-scénariste n’est tout simplement pas assez décomplexé pour faire de son film l’amuse-gueule grandiloquent qu’il aurait dû être. Le rythme du film ne s’accélère ainsi qu’après trois longs quarts d’heure d’exposition et de scènes alternant entre le réussi (la course effrénée de Dujardin le long du canal Saint-Martin) et l’ennui (les discussions interminables à l’Europol). Jean Réno, dans un grand numéro d’uber-arnarqueur, apparaît, et le dit casse du film se met enfin en place. Enfin, les choses sérieuses commencent !
Devant la caméra, Dujardin attire bien sûr tous les regards. Intronisé « sex-symbol cool », le héros d’OSS 117 joue du sourire et du sourcil pour amadouer le spectateur et, vu le bonhomme, ça marche souvent, même si l’acteur est moins convaincant dans le registre séduction que George Clooney (mais qui ne l’est pas ?). Ses deux acolytes féminines, Alice Taglioni et Valéria Golino, misent elles sur la complémentarité, en jouant une partition incendiaire de vamp manipulatrices et sans scrupules. Et puis, bien sûr, Jean Réno est lui à son aise dans un rôle taillé sur mesure (c’est le cas de le dire), qui réserve bien des surprises... Un personnage à l’image du film, donc, agréable bouffée de divertissement, à la fois ambitieuse et pas prétentieuse pour un euro. Un film qui, heureusement, vous en donne quand même pour votre argent (ah ah).